Les larmes disent ce qui en nous mérite d'être aimé.
Heroin.
Lou Reed.
J'aime bien aujourd'hui.
Il pleut. La flèche de la cathédrale est ensevelie dans le brouillard, ça fait un bel effet, j'adore ce temps. Il y a vraiment une atmosphère nordique, quand je pense au soleil de ma belle Italie ça me fait bizarre. C'est des univers complètement différents, rien ne se ressemble, la lumière, les couleurs, les matières, l'air et pourtant ce n'est pas à l'autre bout du globe.
Moi en tout cas, depuis que j'ai compris que « survivre c'est s'adapter » - et c'est une des premières choses que j'ai comprises - je suis bien partout. Je vis bien dans la chaleur étouffante de la Sicile, où le ciel est bleu comme nullepart ailleurs et où la lumière si aveuglante qu'on voit flou mais en même temps j'adore la pluie incessante de ces longues journées pré-hivernales comme on n'en rêve pas dans le Meridione, la neige et le vent qui fouette le visage et fait couler les larmes.
Ceci dit, je n'essaye pas de mettre un effet poétique dans les mots, je ne suis pas encore trop prétentieuse. Il y a indéniablement beaucoup de poésie dans ce que je décris, mais je ne suis pas capable de la rendre. [il n'y a pas un Baudelaire qui sommeille en chacun de nous] Mais dans le Parrain, le deuxième je crois, on voit très bien cette aride dont je parle et ma fois même si plus d'un demi-siècle est sensé s'être écoule, les choses n'ont pratiquement pas bougé (à part les affreuses serres abandonnées et les cités touristiques qui sillonnent le pays).
Je viens de me rappeler d'un film qui est passé à l'Odyssée il n'y a pas très longtemps, Viaggio Segreto il s'appelait, une partie se passait en Sicile et on voyait très bien cette histoire de lumière et de couleurs. Il me semble qu'il n'ait pas eu de très bonnes critiques, mais moi je l'ai bien aimé. Apparemment il ne trouve pas son style ; personnellement je l'ai trouvé captivant. Questione di punti di vista.
Je ne sais pas de quels idéaux déracinés j'ai chopé ça, mais j'ai toujours eu un sens assez développé de la Patrie. Et maintenant ça s'évapore peu à peu - Rome est toujours la plus belle ville du monde, l'Italie le plus beau pays de l'univers, le berceau de la civilisation et de l'art, et blablabla et blablabla - il n'en demeure pas moins que la possibilité d'y faire ma vie se fait de plus en plus lointaine. Il y a des succès exigés par l'ambition qu'on ne peut obtenir dans les châteaux romains ou dans les collines arides de la Sicile.
Enfin bon, ce n'est pas très important. Je ferais ma vie un peu par ci un peu par là, dove capita, tout m'intérésse, si j'aurais de l'argent j'irais un peu partout, jusqu'à n'en plus en avoir, et on verra bien où je finirais. Mes cendres en tout cas, mêlées à la poussière quelque part dans un joli coin de Rome, ou à la mer. Mais il y a encore du temps pour ça, pas mal de temps.
Par ligeia, Vendredi 23 Novembre 2007 à 12:39 GMT+2 dans Délires d'une Inconsciente (article, RSS)



