Mardi 25 Déc 2007
Eclats.
Par ligeia, Mardi 25 Déc 2007 à 15:18 GMT+2 dans Délires d'une Inconsciente
Cinder Alley.
16 Horsepower.
Premier Noel sans Elle.
Au lieu de nous retrouver tous les sept autour de la table ronde, dans le grand salon, on se retrouve à six autour d'une table ovale, dans une salle à manger à l'autre bout de Rome. La table ronde est dans ma chambre à moi maintenant. Elle est complètement hors de son cadre.
Premier Noël où une voix rauque et grincheuse ne crie mon nom pas toutes les trois minutes. Monte-moi le store. Change l'eau de mon bocal. Ouvre la fenêtre. Baisse le volume de la télé. Ferme la fenêtre. Apporte-moi mes pantoufles. Ca m'a toujours fait très chier. Quand va-t-elle finir par se taire, la vieille ?
Elle s'est tue. C'est sur. Mais là tout d'un coup je regrette. Finalement je l'aimais bien sa voix grincheuse. J'aimais bien son chapeau de paille noir et blanc. J'aimais bien sa façon de toujours se plaindre à propos de tout. J'aimais bien qu'elle ne mange pas les tortellini in brodo le vingt-cinq midi parce qu'il y avait trop de sel.
C'est affreux de dire ça, je trouve ça affreux, mais il y a des choses qui nous font chier toute notre vie et juste quand on ne les a plus, quand on ne peut plus les avoir, on se rend compte que c'était bien qu'elles nous fassent chier, que c'était comme ça que ça devait etre.
Maintenant elle ne me fait plus chier, c'est sur, mais Elle est morte.
Et en fait je trouve ça aussi horrible d'écrire à propos de ça, de relire ce que j'ai écris, de chercher des fautes d'orthographe, de changer quelques mots, d'essayer d'améliorer le tout pour que ce soit plus esthétique, comme si c'était une histoire que je racontais. Alors qu'Elle est morte, bordel de merde. Mais bon, j'imagine que ça va avec le reste, quand c'est arrivé je ne pensais qu'à baiser, alors ça ne m'étonne plus...
La première fois qu'on m'a dit ça à propos de quelqu'un que je connaissais, j'ai cru que j'allais devenir folle. J'ai passé toute la nuit à pleurer et à parler toute seule. A vrai dire, je ne comprenais pas ce que ça voulait dire. Je me répétais morte. morte. morte. Puis j'ai commencé à me dire qu'elle ne verrait plus le soleil, qu'elle ne sentirait plus le vent sur sa peau, qu'elle ne pourrait plus tenir ses filles sur ses genoux. Et là ça a commencé à devenir plus clair. J'ai trouvé ça horrible. Je me suis mise à déchirer mon drap. Sa n'avait aucun sens, aucun rapport, mais je n'étais plus complètement en moi.
Et là aussi j'en parle mais je ne devrais pas, mettre des mots banalise les choses, on s'en tire avec un elle est morte comme si on avait dit elle est allée chez le dentiste, c'est horrible, je ne dirai plus jamais ça. [En meme temps, elle est morte c'est déjà moins hypocrite qu'elle est décédée, mais ça ne reste qu'un misérable mot alors que toute l'existence d'une personne s'est brisée en éclats]




