Ligeia

(I need You like the moon needs the sun to shine)

 

Je préfère cent fois.

Sinsemilia. 

 

Les touches du claviers me résultent difficiles à manoeuvrer, c'est comme si quelque chose voulait m'empêcher d'écrire, je ne sais pas quoi exactement, peut-être c'est juste moi qui bloque parce que j'ai envie de parler de certaines choses mais je n'ose pas, car je me dis qu'il y a quand même pas mal de temps qui est passé depuis, que j'aurais dû être capable de tourner la page, qu'au fond ça n'est qu'une histoire d'adolescence, que dans dix, quinze ou vingt ans j'en rirai, je me sentirai ridicule et je prendrai la main de l'homme qui partagera ma vie pour me réconforter. Mon esprit anarchique et réfractaire crie que non, qu'il n'y aura pas d'homme partageant ma vie parce que je n'aurai pas tourné la page, parce que je ne tournerai jamais la page, parce qu'il restera malgré tout au centre de ma vie et que ça me rendra malheureuse jusqu'à la fin. Et c'est soulageant de penser qu'il y aura une fin. J'essaye vainement de penser à autre chose mais seule je n'y arrive pas. J'ai besoin de stimulants extérieurs pour ne pas y penser, j'ai besoin que des substances chimiques se propagent dans mon sang impur afin de me sentir légère, transportée ailleurs, dans mon ailleurs. Jusqu'ici j'avais toujours méprisé cette solution, jugeant que ce n'en est pas une puisque ce n'est en sorte qu'une illusion, et aujourd'hui encore j'y suis quelque peu reluctante parce que je sais que le prix à payer en serait lourd sans même parler de l'aspect santé, j'y remettrais ma liberté. Or je ne veux être l'esclave de rien ni personne, et encore moins de drogues. Mais si c'était la seule solution? Si c'était la seule chose qui me permettait de l'oublier et de passer à autre chose? En même temps, la drogue elle-même tisse un lien entre nous, donc je ne sais pas vraiment si ça me permettrait de l'éradiquer de mes pensées. Bordel, l'idée de ne jamais le revoir me rend complètement barge, je ne veux pas avoir à renoncer à mes rêves, je ne veux pas d'une vie en conserve, précuite, à réchauffer uniquement quelques minutes au micro-ondes, ça n'a pas le moindre sens ni le moindre intérêt, si c'est comme ça que je suis sensée vivre autant vaut en finir tout de suite, ça fera toujours un minimum d'oxygène en plus. Encore que je ne pourrais pas maintenant, je ne sais pas si c'est parce que j'ai peur de la douleur ou parce que je n'ai pas vécu ma vie et que j'ai le sentiment que je pourrais en faire quelque chose, mais je ne suis pas prête à mourir. Puis comme ça, sur deux pieds, sans l'avoir revu et lui avoir parlé auparavant, sans connaître rien à la vie, je ne pourrais vraiment pas.

 

Autrement, en ce moment tout le monde croit que je suis intoxiquée à vie parce que je ne fais que dire des conneries et rire tout le temps. Puis ça me fait marrer. C'est fou le décalage extra et intra la boî-boîte crânienne hu. Enfin bon, ce n'est plus ce que c'était, les temps changent, bien connu.

 

 

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