Tribulation nocturnes.
Encore passé un temps fou sur ma dissertation de français. Comme si ça avait une quelconque utilité...
Si j'avais vraiment du cran, je lâcherais tout. Je commencerais d'abord à travailler, histoire d'avoir un peu d'argent (de nos jours les transports coûtent cher, finis les temps où avec quatre dollars tu faisais je ne sais plus quelle ville de Virginie du Sud où habitait Kerouac - New York en bus), puis je partirais sans rien dire à personne, parce que je n'aime pas le monde où je vis, parce que la société dans laquelle j'évolue est corrompue et pourrie. Je ne sais pas si ça marcherait, ni combien de temps je pourrais vivre comme ça ; je n'ai même aucune idée de la façon dont je pourrais réagir à une telle expérience. Si ça se trouve je me rendrais compte que ce n'est pas la bonne solution, que mon ambition a besoin de cette société viciée que j'exècre.
Et là qu'est-ce que je ferais ?
Retour chez papa-maman, « excusez-moi je me suis plantée, je croyais que je vivrais mieux sans vous, loin de tout », pas très responsable la gamine, n'est-ce pas...
J'ai toujours rêvé d'une vie comme ça, libre, sans contraintes.
D'ailleurs, je continue à me poser des questions : est-ce que c'est vraiment le genre de vie que je me propose qui m'intéresse ? Est-ce que je veux vraiment passer les six prochaines années de ma vie à bosser, puis bosser encore, toujours dans des bouquins probablement (à moins de ne connaître tous les codes par cœur, ce que je doute avoir le temps de faire), voyager peut-être si j'arrive à être diplomate, avoir pas mal d'argent, un mari avec qui mener une tranquille vie de couple et avoir des enfants, aller le vendredi soir au restaurant, le samedi dans le monde, le dimanche pique-nique ou barbecue au lac, connaître les gens qui comptent, avoir un amant riche et puissant, des robes de haute-couture, faire le tour du monde en voilier avec des amis de mon mari qui travaillent dans la marine, voir mes enfants grandir, partir, vieillir, et enfin mourir de je ne sais quelle mort, en paix avec le monde mais terriblement ennuyée.
Rien que de l'écrire je suis révoltée, et le pire c'est que j'ai conscience que c'est une vie à laquelle aspirent beaucoup de gens, c'est une vie d'un certain niveau, une belle vie, mais ce n'est tellement pas ce que je veux ! Bien sûr, j'aime le confort et le luxe, l'amour, voyager, les enfants, mais ce genre de vie m'a l'air d'un répétitif et d'un morose épouvantable... Ca me fait peur, surtout qu'en même temps je me dis que si j'ai une vie comme ça je pourrais (devrais ?) déjà être contente, parce que ça voudra dire que j'aurais donné une bonne partie de moi-même pour l'obtenir, que je me serais battue.
Se battre pour ça ?
Pour une vie d'un ennui mortel, où chaque coucher de soleil est identique au précédent et où les jours ont toujours le même nom ; pour une vie où tout ce qui compte c'est d'avoir de l'argent, plein d'argent, et de le montrer ostensiblement, « regardez ma Jaguar XK2, qu'est-ce qu'elle est belle ! Et ma robe Yves Saint Laurent ! Avez-vous tous vu ma belle robe Yves Saint Laurent ! Combien elle m'a coûté ? C'est tellement ridiculement peu que je n'ose même pas le dire ! », de connaître les bonnes personnes, d'être prêt à sacrifier son intégrité morale et sa dignité humaine pour obtenir des résultats ; c'est pour ça que je travaille, c'est pour ça que je vais me péter le cul pour entrer à Sciences Po Paris ?
(Heureusement que je suis incohérente, autrement je n'aurais vraiment pas d'excuse)
Mais là encore, réflexe humain et donc hypocrite, pourquoi avoir besoin d'une excuse ? Ah, s'il y a une chose que j'admire chez Kerouac (ou ses personnages, tout du moins) c'est bien cette façon de prendre les choses comme elles viennent, sans se compliquer la vie. Je m'en fous d'avoir ou pas une excuse, je fais ce que bon me semble et tant pis si les autres ne pensent pas comme moi, je m'en fous aussi.
Voilà, c'est ce genre de comportements que je n'aime pas et que je me force à perdre, même si parfois je me dis que je ferais mieux de m'adapter et de me la fermer.
Enfin bon, je vais essayer de terminer mon raisonnement, je n'aime pas non plus les choses laissées inachevées.
Je sais donc ce qui m'attend d'un côté, mais de l'autre ? L'idée, en gros, ce serait de faire des petits boulots pour avoir de l'argent et courir le monde. A vingt ans c'est classe, mais à quarante ? Est-ce qu'on peut vivre toute sa vie avec ses rêves et ses idéaux de jeune inconscient ? J'imagine qu'il y a des gens qui le font, qui courent, courent et ne se posent jamais. Le hic, c'est que tu n'as pas de famille, pas d'amis (pas d'amis ‘durables' en tout cas), rien qui est à toi - mais ça c'est le moindre des maux - pas de situation comme on dit ; en gros, tu n'as rien, alors est-ce que tu as encore ta vie ? Est-ce que tu ne te condamnes pas à vivre dans la rue, à te retrouver seul comme un chien à regarder les gens en robes Yves Saint Laurent et Jaguar XK2 passer et te dire « Merde, mais pourquoi est-ce que j'ai pas fait comme tout le monde, j'étais pas plus conne qu'eux, j'aurais pu faire aussi bien si ce n'est mieux et avoir une vie confortable ».
Dans les deux cas on prend le risque d'arriver au bout de sa vie et d'avoir l'impression de s'être complètement planté, le tout est de savoir de quelle façon on préfère se planter : au volant d'un Jaguar ou sur un carton au bout d'une impasse. Dis comme ça on n'hésiterait pas, mais bien sûr les choses ne sont jamais blanches ou noires... Et puis j'imagine qu'il est possible de vivre chacune de ces deux vies en réussissant, il suffit de savoir ce que l'on veut et comment l'obtenir, après tout est facile.
Eternel problème des indécis.
Par ligeia, Jeudi 21 Fevrier 2008 à 11:04 GMT+2 dans Délires d'une Inconsciente (article, RSS)



