Ligeia

L'avenir appartient aux Incompris.

 

Wuthering Heights.

Kate Bush. 

 

 

 

Oubli, le bel oubli, inoubliable oubli. 

Ennui, le bel ennui, insupportable ennui. 

 

 


 


Au disparu pourquoi rester fidèle ?

 

Dimanche je vais à Paris voir Courbet et Fragonard.
Je n'aurais jamais le temps de tout faire. A dans
deux semaines ? J'espère que tout ne s'en va pas,
tout ça aurait été inutile - enfin, ça l'est de toute
manière, mais je ne pense pas que ça c'en ira.
Inévitable, non, ce mot n'existe pas dans ma langue
- rien n'est inévitable. Tout au plus improbable
(comme toi).

 

  

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I rode past destruction in the ditches


Huricane.

Bob Dylan.

 

 

Triste journée. Surtout cette lumière. C'est glauque au possible, pire que le métro parisien - et c'est une référence dans le genre ultra glauque, le métro parisien. Finalement je crois qu'on aurait dû y aller à la Java hier soir Jeanne, ça nous aurait peut-être permi de refouler un peu tout ça. J'ai fini La Vie fantasmagoriquement brève et étrange d'Amadeo Modigliani de Velibor Colic (avec des accents sur les deux c que je ne peux pas faire avec mon clavier suisse) ; ce tout petit livre m'a fait naître une fascination pour ce peintre-sculpteur livournais. Je ne regarderai plus jamais ses oeuvres de la même manière. Et, vu qu'on en est toujours au stade Zéro, ça m'a fait venir une idée de sujet pour notre TPE qui serait un truc dans le genre « Comment la consommation de drogues et/ou d'alcool se reflète-t-elle dans les oeuvres d'artistes consommateurs ? » Etant donné qu'il y a des tonnes d'artistes ivrognes/drogués (voire même les deux il y a pas mal de trucs à dire là-dessus puis tant qu'à parler d'érotisme ou de folie, autant vaut parler d'opium et de marijuana. Faudra que j'en parle aux filles.

Sinon je continue à écouter Bob Dylan en boucle-boucle-boucle, je lis Le Père Goriot à une vitesse bien supérieure à ma vitesse V(habituelle) - et je lis déjà vite - mais là j'aime, j'aime, j'aime, qu'est-ce qui leur a pris de ne me jamais faire lire Balzac avant ; c'est comme ceux qui n'ont jamais manger de Mont-Blanc / Vermicelle / Torche-Marron au plaisir, moi je garde mon petit mot à moi et personne ne sait jamais de quoi je parle (le premier) mais qui me parait bien plus joli et poétique avant seize ans (quinze, pardon mon amour). Il y a des choses qui ne doivent pas attendre si longtemps - idem pour Kerouac - les choses qui t'apprennent la vie (enfin, ça ne vaut peut-être pas pour un Mont-Blanc mais bon, ça fait partie de la culture gastronomique on va dire). Mais d'un côté c'est vrai que je ne pourrais pas faire lire On The Road ou les Liaisons Dangereuses à ma soeur, il faut qu'elle garde un minimum d'innocence, elle la perdra bien assez vite de toute manière, pas la peine d'anticiper. Du coup, on dirait que tout mon discours tombe à l'eau... Enfin non, c'est juste qu'on plonge dans ce « tout est relatif / tout dépend » dont j'ai horreur.

Enfin bon, je vais aller manger parce que c'est prêt et que je crève de faim.

 

 

 

Nancy Cunard (à cause de qui on a failli perdre Aragon) par Man Ray

 

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I guess that I miss You, I guess I forgive You

 

Changing Of The Guards.

Bob Dylan.

 

 

Revenue de Paris. C'était sympa ce petit voyage, on s'est bien amusé je crois, malgré quelques (inévitables) petites prises de tête. Et même si on n'a carrément pas eu le temps de faire tout ce qu'on voulait, on a quand même fait pas mal de choses et comme là je suis de plutôt bonne humeur - Bob Dylan - j'ai tendance à voir les aspects positifs plus que ceux négatifs.

Dur retour à la réalité. Je découvre avec horreur la masse de choses que j'ai à faire (et je veux aller à Paris, Sciences Po, même pas dire que je suis prête à me contenter d'une médiocrité écrasante)mais bon, se plaindre ne sert à rien et je n'aime pas ça.

Ca fait trois jours, je crois, que je vis avec ce sourire imbécile imprimé sur la face - zappons quelques torrents lacrimaux, la fonte des neiges est encore loin - pourtant il n'y a vraiment pas de raison : je devrais être plus fâchée que contente, et c'est effectivement le cas, mais ça ne m'empêche pas d'être contente. Et je me flatte d'être quelqu'un de lucide. Mais si, mais si, dans ma tête c'est très lucide, ce sont les mots qui m'embrouillent ; juste les mots [pour celle qu'on n'aurait pas dû laisser tomber] en l'air, sous terre, qui t'enterrent.

Je m'attendais à quelque chose de radicalement différent, à force d'y trop penser on vire dans le surnaturellement fantastique je crois. N'empêche que c'était joli, les vaches alanguies dans les prés, les arbres or et rouge, le ciel azur ; à Strasbourg on n'a plus ce temps et la plupart des arbres n'ont déjà plus de feuilles. Et la mer avait une jolie couleur, ça me change de ma Méditérrannée en tout cas. T'aurais quand même pu y mettre tes pieds, l'eau n'était pas si froide que ça, puis tant qu'à être en t-shirt, sale petit orgueuilleux de mes deux, ça ne t'aurais pas fait plus attraper une pneumonnie.

Enfin bon,tout ça n'a pas grand sens, il vaut mieux que j'écoute Bob Dylan et que je me taise (genre je parle), ça faisait longtemps que je n'avas pas une tête de cadavre comme aujourd'huui c'est marrant. Dans la catégorie « vieux souvenirs oubliés », ma soeur a laissé traîner des vieilles feuilles d'il y a quoi, cinq ou six ans, ou je lui faisais "l'Ecole", c'était des tests, notés et signés par les parents, j'étais une vraie dicatrice la pauvre, mais elle a réduit son abysse d'ignorance au moins, donc ça n'a pas été totalement inutile. 

Right, il est temps de mettre les vieux souvenirs oubliés au placard et d'arrêté de regarder le temps filer. A dans une autre vie.

 

 

 

 Tépidarium - Théodore Chassériau

 

Olympia - Edouard Manet 
 
 

 

C'était classe de voir ces tableaux, le Tépidarium pour avoir beaucoup travaillé dessus et l'Olympia parce que je crois que ce n'est qu'après l'avoir vu dans un livre sur l'Impressionisme que j'ai compris tout ce qu'un corps pouvait transmettre comme émotions (et je n'ai aucune tendance homo). Mais je suis obligée de finir sur un Courbet tout ce qui est de plus magnifique, on va loin avec une belle tête (surtout si elle est pleine).

 

 

Le Désespéré - Gustave Courbet

 

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Did you ever go clear ?

 

Famous Blue Raincoat.

Leonard Cohen.

 

 

Il fait froid tout d'un coup.

Où es-tu passé?

Je ne sais pas ce qui m'a pris d'accepter cette invitation, se les geler place de la Rep avec une horde de gens plus ou moins îvres, ça ne rentre pas du tout dans mes intérêts. J'aurais pu rester ici, à peu près au chaud, et faire quelque chose d'utile : finir Les Cloches de Bâle, par exemple. En plus je n'ai pas envie de sortir, mais alors vraiment pas - je n'aurais pas dû me mettre à écouter cette chanson, elle me donne envie de pleurer.
 

 
And what can I tell you my brother, my killer
What can I possibly say?
I guess that I miss you, I guess I forgive you
Im glad you stood in my way.

 


Plus spécialement envie de le faire - rien spécialement envie de faire - mais il le faut, tu comprends, ça c'est la fois où s'est facile, où c'est possible, tout près, si on ne le fait pas maintenant que c'est vraiment à deux doigts, on ne le fera jamais - ça fait assez longtemps comme ça qu'on ne le fait pas, non ?!

D'un côté j'ai peur que ça ne serve à rien, je ne pense pas que ça fera énormément évoluer la situation, mais c'est la seule solution, les choses ne peuvent pas évoluer dans ces circonstances. Tout au plus se briser. Mais là-aussi, autant vaut le faire pour de vrai.

Je ne sais plus. Moment d'incroyance totale. Y a des fois comme ça, où tout s'écroule. Puis ça se remet sur pied : on se réveille le matin et on se rend compte que, tout compte fait, on y croit encore. Et toujours.

Mais il y aura un jour où je me réveillerai en me disant "Ah, c'était juste ça ? J'ai gâché dix ans de ma vie pour un homme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre ?!" (petits restes de Proust). Je redoute ce jour. Sincèrement.

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Stuck In The Middle With You


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Etouffe moi si tu peux

Danse sur le feu Maria - Noir Désir

 

 

Je ne t'en veux pas
Je ne te vois pas
Et j'ai oublié
Qui tu étais 

 

J'aimerais bien me réveillé un jour en pensant ça. Sa me manquerait peut-être au début, mais à la longue je sais que c'est ce qu'il faudrait. Pourtant je ne veux pas, je ne suis pas encore résignée. Quand je serai vieille peut-être, si je serai jamais vieille, maintenant ce n'est vraiment pas le moment ; manquerait plus que ça... Mais ça viendra sans doute bien plus tôt que je ne le crois.

Manu m'a bousillé l'épaule avec ses poings, c'était un chouette cours d'Italien pour une fois. Il y a des gens fous, comment peut-on croire que trois soirées de conversation sur msn forgent une amitié durable, viscérale, moi ça me dépasse, la conception totalement déformée du réel, c'est dingue.

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Je suis le suicide vivant.

 

Rootless Tree - Damien Rice

 

 

Bourrage de crâne aragonien.

 

J'ai bien aimé cette journée. Sa arrive parfois, de temps en temps, l'impression d'avoir réussi quelque chose, de ne pas avoir gâché une journée - c'est rare - un sentiment bizarre, envahissant, qui coupe totalement du monde. C'est un peu comme si on était omniscient, oui c'est sa, la lucidité à son paroxysme - c'est gonflé, je sais, l'Omniscient c'est sensé être Dieu, mais qu'il change de boulot et s'il veut moi j'prends sa place.

Il suffit de très peu. Une chanson envoûtante. Des pensées virevoltantes, entêtantes, obsédantes. Des mots fascinants. Puis tout commence à tourner, les lignes se confondent, on croirait voir des files de fourmis qui s'entressent. Voilà, il suffit de cela. Un peu de toi, un peu de moi, un peu de tout et un peu de rien. Un peu de vent ou de pluie, ça aide aussi mais ce n'est pas indispensable.

 

 

Ce que je me demande là, c'est pourquoi je fais ça. But ? Aucun. Intérêt ? Nul. Raison ? Inexistante. Je le fais quand même parce que je n'aime pas ce raisonnement, je pense que je ne ferais vraiment rien si je m'y tenais, mais il vaudrait peut-être mieux.

 

C'est bête que tu aies arrêté d'écrire, j'ai des vieilles feuilles imprimées, un peu chiffonnées et jaunies, ça me plaisait vraiment beaucoup. [Adieu l'ami]

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Pour l'amour et la Haine...

< Wild Chils - W.A.S.P. >

 

 

Je reviens de mon cours d'allemand. C'est cool d'être au milieu de gens qui ont vingt ans de plus que toi et qui parlent vaguement mieux l'allemand que toi. Surtout quand Il ne te parle pas. Puis la prof qui ne dit pas un mot en français, ça aura au moins la vertu de dépaysager. Et le problème n'est pas tant de proprement comprendre,  puis que je comprends, mais la peur de ne pas comprendre et de ne pas réussir à s'exprimer. Je n'aime déjà pas parler, mais alors en public (et dans une autre langue...). Je crois que ça rentre dans ma soi-disante Vanité, je n'accepte pas de n'être pas parfaite donc du coup je préfère me taire plutôt que dire quelque chose de faux ou mal dit. C'est très stupide en y réfléchissant, mais inconsciemment c'est ça qu'il se passe, et je ne peux rien faire contre. Enfin si, je pourrais déformer ma nature comme je l'ai fait pour d'autres choses, et même si ce n'est pas moi (je commence à penser que ce petit mot-là n'a pas le moindre sens, moi c'est moi, mais moi c'est toi et c'est nous et vous et il et elles en même temps, tout le monde, ça ne veut rien dire) ce n'est pas grave, parce que de toutes façons j'existe pour moi-même et pour lui peut-être en tant que moi, pour les autres, ce n'est la plupart qu'un faux moi qui me remplace, un moi de rechange, plus ou moins adapté aux personnes et aux situations. Je ne suis pas de ceux qui disent qu'il faut rester soi-même à tout prix, si on juge ne pas avoir de prix autant vaut changer de soi-même, devenir ce que l'on veut être même si ça ne nous correspond pas forcément. C'est une donnée fondamentale pour réussir sa vie. En même temps c'est vrai que ce n'est qu'un maquillage, et que si on donne l'impression de réussir sa vie, on ne la réussit pas forcément d'après nos propres critères. Donc c'est une vie faite d'illusions et de mensonges. Du coup, la question de la sincérité se pose, mais là je ne sais plus répondre. Fondamentalement, je dirais que je suis plutôt contre. A mon sens, le plus important c'est d'avoir le sentiment de réussir sa vie, si cela implique quelques petites gaffes d'ordre éthique ce n'est pas très important, on en commet même sans le vouloir. On m'a souvent fait la remarque plusieurs fois, donc oui, je suis une grande admiratrice de Machiavel ; et en même temps, avec un père spécialiste en la matière, le contraire aurait été étonnonant. Ca peut paraître très individualiste et par conséquent terriblement égoïste comme raisonnement, mais je pense que lorsque les individus vivent en harmonie avec eux-mêmes, ils finissent par vivre en harmonie entre eux et il en naît ce qu'on pourrait appeler une "harmonie générale". On en revient à cette histoire de conscience, on peut cacher aux autres nos failles mais pas à nous-mêmes, on ne peut se trahir que jusqu'à un certain point - tandis que les autres c'est bien facile, il n'y a que les yeux qui nous trahissent par moment, mais avec de l'entraînement ils finissent par obéir et à la limite, avec un peu de chance les autres ne remarquent pas l'instant de défaillance.

Mais on s'en fout, les autres ne sont pas importants, je m'en fous, il n'y a que ça et Sciences Po qui comptent désormais ; l'un, pour que ma vie est un minimum de sens et pour ne pas être éternellement déçue ; l'autre, pour ne pas rater ma vie (voire même la réussir).

 

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Tout l'or des nuits _ Eteint

 

"J'ai détruit ce torrent d'enfantillages

amassé sur la table.[...] je me suis

réveillé avec l'inexpliquable malaise

moral que j'ai emporté hier soir de

chez vous.[...]Aussi je t'ai dis hier

"Vous m'oublierez, vous me trahirez;

celui qui vous amuse vous ennuiera.[...]"

Il y a quelques jours, tu étais une divinité,

ce qui est si commode, ce qui est si beau,

si inviolable. Te voilà femme maintenant..."

 

Charles Baudelaire à Mme Sabatier, 31 août 1857

 

 

 
Tears - Man Ray 

 

 

Il suffit d'être amants le temps d'une nuit pour passer de Divinité
à femme, il y a quelque chose de sournois là-dedans, non ?

 

 

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Love Will Tear Us Apart...

 

When routine bites hard,

And ambitions are low

And resentment rides high,

But emotions won't grow,

And we're changing our ways,

Taking different roads. 

                        (Joy Division)

 

 

Ian Curtis
 
 

 

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